
Depuis la digestion de Sunrise par UPC en 2020, celui qui est le deuxième opérateur de Suisse a considérablement changé de visage. La promesse était simple: créer un concurrent de poids face au géant Swisscom, capable de s’imposer sur ses réseaux fixes et mobiles. Non seulement on reste sur notre faim, mais la réduction des investissements interroge.
L’opérateur a certes affiché une rentabilité opérationnelle acceptable, mais les chiffres révèlent une réalité plus contrastée: Sunrise a publié des indicateurs parfois en recul comme nous l’avons déjà souligné, tandis que sa dette, en partie héritée du rachat d’UPC, reste élevée. Un déséquilibre structurel qui pèse sur sa margesde manœuvre.
La pression des actionnaires…
Sunrise est de retour à la Bourse suisse depuis novembre 2024, et ses actionnaires attendent des retours financiers réguliers. En 2025, l’opérateur a annoncé une politique de dividendes encore plus généreuse pour 2025 et 2026, redistribuant une part significative de ses flux de trésorerie à ses investisseurs.
Cette orientation vers une rémunération toujours plus importante des actionnaires soulève une question de fond: reste-t-il suffisamment de ressources pour moderniser et étendre ses infrastructures? Les dépenses d’investissement dans les réseaux, notamment dans la fibre optique et la 5G, nécessitent des engagements financiers considérables que la dette rend difficile à assumer pleinement.
La 5G à la traîne, la fibre en chantier
Les derniers classements indépendants interpellent: Sunrise occupe désormais ponctuellement la dernière place parmi les trois grands opérateurs mobiles suisses en 2025, derrière Swisscom et même Salt. C’est un signal préoccupant pour une entreprise, toujours sous influence américaine, qui se positionne comme alternative crédible à l’opérateur historique et qui a presque fait armes égales sur le mobile avec Swisscom avant la fusion.
Sur le front de la fibre optique jusqu’au domicile, Sunrise progresse, mais reste tributaire de partenariats avec des tiers, notamment avec des services industriels locaux. Cette dépendance limite sa capacité à maîtriser son propre destin en matière d’infrastructure, puisque son propre réseau câblé, notamment, nécessite des investissements… plutôt à la baisse en 2026 alors qu’on s’attendait à une hausse!
Un modèle sous surveillance
La situation de Sunrise illustre une tension classique dans les télécoms européens: les opérateurs issus de fusions lourdes doivent simultanément rembourser leur dette, satisfaire leurs actionnaires et investir dans des réseaux de plus en plus coûteux. Certes encore lointaine, la 6G se profile déjà à l’horizon 2030, et la course technologique n’attendra pas.
A mon sens, les signaux donnés par la direction de Sunrise, qui a toujours privilégié ses actionnaires au détriment de ses clients qui n’ont pas fini de raquer, sont peu encourageants. Et les technologies se développent rapidement. Globalement, il serait regrettable que la Suisse soit trop dépendante de la fibre de Swisscom. Histoire de conserver une vague concurrence sur les infrastructures.
Xavier Studer