Réseau fixe: la Suisse à la traîne pour l’abandon du cuivre

  • Dernière modification de la publication :28/02/2026
  • Commentaires de la publication :11 commentaires
Fibre optique: la Suisse peut faire mieux.
Fibre optique: la Suisse peut faire mieux.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la Suisse ne fait pas figure de modèle européen pour l’arrêt définitif du réseau téléphonique en cuivre. Selon le rapport complet Copper Switch-off Tracker 2026 du FTTH Council Europe, la Suisse, en l’occurrence l’historique Swisscom, n’a toujours pas publié de plan détaillé pour l’extinction complète de cette technologie obsolète.

Alors que l’Espagne et la Norvège ont déjà achevé le démantèlement total de leur réseau de cuivre, la Suisse navigue à vue. Le rapport souligne l’absence de données précises pour notre pays: le nombre de lignes actives sur le réseau historique est indiqué comme «information non disponible». Une opacité relative qui tranche avec la transparence affichée par nos voisins européens, puisque Swisscom met à disposition tous les détails sur son réseau.

«Il n’y a pas de flou. La fin est prévue pour 2035, ce que nous avons communiqué la première fois en février 2024. Dans les dernières deux années, nous avons déjà désactivé 20% des raccordements en cuivre. Les chiffres sont disponibles dans notre communication annuelle 2025», m’ a précisé Christoph Aeschlimann, CEO de Swisscom sur LinkedIn.

Swisscom: fin du cuivre après 2035…

Si le géant bleu a annoncé en février 2024 une approche progressive pour l’arrêt du cuivre débutant dès 2025, aucune date butoir ferme n’est fixée pour l’ensemble du territoire. Dans son rapport annuel 2025, page 27, l’ancien monopoliste confirme que l’extinction complète du réseau cuivre n’est prévue qu’après 2035. Quant aux concurrents de Swisscom, leur couverture réelle est difficile à évaluer.

Pour revenir à Swisscom, la couverture en fibre optique jusqu’au domicile (FTTH) atteignait 56% des ménages et commerces suisses à la fin de l’année 2025. L’objectif de Swisscom est de porter ce chiffre entre 75% et 80% d’ici 2030. Une progression constante, mais qui laisse encore près de la moitié du pays dépendante de technologies de transition ou du réseau mobile pour le très haut débit.

Des résultats financiers solides pour?

Pour financer ce chantier titanesque, Swisscom peut compter sur une santé financière robuste. Le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 15 milliards de francs en 2025, gonflé par l’effet de l’acquisition de Vodafone Italia. Il a investi 1,7 milliard de francs sur le sol suisse pour l’extension de son infrastructure et a aussi revu le salaire de son CEO!

Malgré ces moyens, la Suisse reste de manière incompréhensible dans le flou concernant la fin officielle du «vieux» téléphone. Alors que des pays comme la France ou la Suède ont des plans validés par leurs régulateurs respectifs, l’Helvétie se distingue par une approche qui se veut pragmatique, certes, mais qui manque cruellement de visibilité pour le consommateur final et les acteurs du marché.

Xavier Studer

NB
3e paragraphe (réaction de Swisscom) rajoutée le samedi 28 février 2026.


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Cet article a 11 commentaires

  1. Mathieu

    Je suis surpris que les législateurs n’aient pas forcé l’ouverture du réseau. A la Vallee de Joux, par exemple, c’est le service électrique local qui a déployé la fibre en lieu et place du coaxial. La concurrence ne peut donc pas utiliser ce réseau. Est-ce que deux réseaux de fibre vont devoir exister en parallèle ? Quel gâchis !

  2. Tricoline

    @Mathieu, hélas, en effet la fibre mise en place par les SEVJ dans la Vallée de Joux ne semble être rien de plus qu’un remplacement du câble coaxial par de la fibre… sans réelle ouverture à la concurrence.
    Une modernisation technique, certes, mais pas un changement de modèle. Les SEVJ auraient sans doute pu réaliser des économies en misant sur le DOCSIS 3.1, en attendant que Swisscom fibre la région, pour ensuite exploiter l’une des quatre fibres généralement disponibles pour les opérateurs tiers.
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    Merci pour ces informations, Xavier.
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    Rien de nouveau sous le soleil helvétique : les entreprises actives dans les télécoms en Suisse brillent surtout par leur discrétion dès qu’il s’agit de leurs programmes de développement, qu’il s’agisse du réseau fixe ou du mobile. La transparence semble être une option, pas une priorité.
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    Swisscom finira tôt ou tard par se heurter à la réalité industrielle : après 2030, l’obsolescence des équipements cuivre deviendra un problème très concret. Maintenir un réseau en fin de vie coûte cher, surtout lorsque les fournisseurs réduisent la voilure.
    .
    De leur côté, les opérateurs câblés peuvent encore s’appuyer sur le DOCSIS 3.1 et ses évolutions, une technologie largement déployée aux États-Unis, ce qui garantit un certain horizon industriel au-delà de 2030. Un sursis technologique, au minimum, …, pour 15 ans ?
    .
    Mais la vraie question demeure : que fera l’opérateur historique si, passé 2030, près de 25 % des lignes cuivre n’ont toujours pas été migrées vers la fibre ? Prolonger artificiellement le cuivre ? Forcer la migration ? Ou assumer une fracture numérique de fait ?
    .
    Quant aux alternatives, elles restent limitées : la télévision IP de Swisscom ne peut pas reposer sur la 5G, faute de garantie stable du débit nécessaire. La promesse du “tout sans fil” trouve vite ses limites dès qu’on parle de services critiques ou massifs.
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    Au fond, la situation actuelle est aussi le produit de choix politiques. À force de privilégier un libéralisme sans garde-fous, on laisse les dynamiques de marché décider seules de l’aménagement numérique du territoire.
    Et l’histoire montre que ce laisser-faire finit rarement sans déséquilibres… voire sans dégâts collatéraux.

  3. Domlesgaz

    Bonjour, je travaille dans une gérance immobilière. Et je constate que bien souvent, les nouveaux locataires optent pour un modem 4G, voire un partage de connexion avec leur smartphone. Alors qu’on installe systématiquement les trois technologies (cuivre, coax et fibre) dans tous les appartements, tout cela apparement pour rien.

    1. Tricoline

      @Domlegaz, Bonjour,
      Je comprends parfaitement votre constat : pour un usage “standard”, un modem 4G ou un partage de connexion peuvent sembler suffisants. Navigation web, réseaux sociaux, streaming occasionnel… cela fonctionne, et sans installation fixe.
      En revanche, pour une famille avec un gamer assidu et un gros consommateur de vidéo, la 4G — et même la 5G — ne remplace pas réellement une connexion fixe.
      Voici pourquoi :
      1) La stabilité et la latence (ping)
      Pour le jeu en ligne compétitif, ce n’est pas seulement le débit qui compte, mais la latence et sa stabilité. La 5G peut offrir de bons débits, mais elle reste une technologie radio : sensible à la charge de l’antenne, aux interférences, aux variations de signal. Résultat : ping variable, micro-coupures, “lag”.
      Une fibre ou un câble coaxial (DOCSIS) offrent une connexion bien plus stable et prévisible.
      2) Les débits garantis
      Avec la 5G, le débit est partagé entre les utilisateurs connectés à l’antenne. Le soir, quand tout le quartier regarde des vidéos, la performance peut chuter.
      Une fibre optique offre un débit dédié jusqu’au point de mutualisation, avec une constance nettement supérieure.
      3) Le volume de données
      Streaming vidéo, mises à jour de jeux (qui font parfois 80 à 150 Go), cloud gaming… cela consomme énormément. Même avec des abonnements “illimités”, les opérateurs mobiles appliquent parfois des politiques de gestion de trafic (débit qui se réduit drastiquement)
      4) Le Wi-Fi interne
      Un modem mobile posé dans un appartement ne garantit pas une couverture optimale, surtout dans des logements modernes avec des murs en béton armé.
      En résumé :
      – Pour un étudiant ou un usage léger → la 4G/5G peut suffire.
      – Pour une famille connectée, gamer + streaming intensif → une connexion fixe (idéalement fibre) reste nettement plus adaptée.
      .
      Donc non, les trois technologies installées ne sont pas “pour rien”. Elles permettent d’offrir un vrai choix technique, adapté aux besoins réels des occupants — et pas seulement à une solution de facilité à court terme.
      Cordialement.

  4. torxxl

    Faudrait déjà que nos politiciens arrêtent de privilégier les propriétaires au détriment de locataires.
    La fibre est bas de mon immeuble, mais le propriétaire refuse l’installation dans les appartements.

  5. Olivier Raventos

    La topographie et la densité de population de la Suisse fait que l’extinction du cuivre sera plus long que dans d’autre plat pays moins densément peuplé.

    Les entreprises qui ont installé un réseaux coaxial à l’époque (surtout en vallée ou dans des régions reculée ou de montagne) l’ont fait en parallèle avec les lignes Swisscom, il n’est pas illogique d’utiliser les (grosses) infrastructures construites pour le coax pour y implanter en parallèle des (petites) fibres optiques. Cela permet de conserver un monopole dans certaines régions et d’offrir la fibre beaucoup plus rapidement et les entreprises en questions sout souvent des sociétés publiques qui visent avant tout la connexion des habitants de la régions et non les bénéfices.

    Pou les réseaux câblé en milieu urbain, la problématique est différente et Sunrise/UPC exploite pour l’instant la technologie coax car elle permet encore des marges bénéficiaires. Mais il n’y a pas beaucoup d’évolution possible et un réseaux coax coûte plus cher à faire tourner qu’un réseau fibre (coûts énergétique et des équipements). Mais une fois que les marges ne seront plus présente et les investissements de modernisation trop important, les réseaux coax seront abandonnés (cas de la ville de Lausanne).

    Le risque est grand qu’avec la 5G généralisé et la 6G plus grand monde veuille s’encombrer avec une technologie fixe et un abonnement supplémentaire. Au final seul ceux qui veulent vraiment une connexion internet forte (entreprises, joueurs ou spécialistes informatique ou influenceurs, personne au rez de chaussé avec une mauvaise couverture de réseau mobile, immeuble moderne très isolé des ondes extérieurs) feront l’effort de payer un abonnement supplémentaire de souvent 50 à 70 CHF / mois soit 600 à 850 CHF par année.

  6. Domlesgaz

    @torxxl : A noter qu’à La Chaux-de-Fonds, c’est votre opérateur qui paie la pose de la fibre, si vous contractez un abonnement. Le clivage politique n’a rien à y voir. Mais le propriétaire de l’immeuble doit signer un contrat avec Swisscom (gratuit) et accorder le droit de passage.

  7. Domlesgaz

    @Tricoline : Bonsoir, je partage tous vos arguments techniques, bien sûr. C’était juste une constatation rien de plus. Evidemment on va continuer de câbler toutes les technologies.

  8. Téloche

    « […] qui visent avant tout la connexion des habitants de la régions et non les bénéfices. »

    Quand on empêche ses concurrents d’utiliser sa fibre optique et qu’on entretient un monopole dans une région, permettez-moi d’en douter.

  9. redge

    « Pou les réseaux câblé en milieu urbain, la problématique est différente et Sunrise/UPC exploite pour l’instant la technologie coax car elle permet encore des marges bénéficiaires. »
    Genève ville, la migration coax > pure fibre optique ftth a commencé il y a un certain temps… et les changement commencent déjà à ce faire sentir en terme de performance vers le haut.
    exemple réseau hôte naxoo (Genève ville, la commune, pas le canton) et d’autre clients du réseau naxoo
    Voici avant en coax= 50/5 (février 2026) maintenant hfc 870/750 (mars 2026 > et ceux déjà migré en pure fibre , pas mesuré = 1/1Gb ou 2,5/25.Gb 5/5Gb, 10/10GbE (5/5Gb symétrique simultanés) et plus selon l’abonnement ftth choisi, test réalisé avec fast.com sur réseau filaire rj-45 pour ma part en coax (hfc)
    Cela indique un investissement surprise de la part de Sunrise provoquant une véritable concurrence entre Sunrise et Swisscom
    et de facto fait exploser les speedtest de Sunrise en hausse largement supérieur à leur tests de performance précédent.

  10. redge

    En fait, j’ai écrit trop vite, naxoo basic internet test fast.com ~50/25 latence 15ms non chargé/17ms chargé sur le réseau hfc
    (upc.ch network 31.10.167.xxx = 31-10-167-xxx.cgn.dynamic.upc.ch)

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