Réseau fixe: la Suisse à la traîne pour l’abandon du cuivre

  • Dernière modification de la publication :24/02/2026
  • Commentaires de la publication :2 commentaires
Fibre optique: la Suisse peut faire mieux.
Fibre optique: la Suisse peut faire mieux.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la Suisse ne fait pas figure de modèle européen pour l’arrêt définitif du réseau téléphonique en cuivre. Selon le rapport complet Copper Switch-off Tracker 2026 du FTTH Council Europe, la Suisse, en l’occurrence l’historique Swisscom, n’a toujours pas publié de plan détaillé pour l’extinction complète de cette technologie obsolète.

Alors que l’Espagne et la Norvège ont déjà achevé le démantèlement total de leur réseau de cuivre, la Suisse navigue à vue. Le rapport souligne l’absence de données précises pour notre pays: le nombre de lignes actives sur le réseau historique est indiqué comme «information non disponible». Une opacité relative qui tranche avec la transparence affichée par nos voisins européens, puisque Swisscom met à disposition tous les détails sur son réseau.

Swisscom: fin du cuivre après 2035…

Si le géant bleu a annoncé en février 2024 une approche progressive pour l’arrêt du cuivre débutant dès 2025, aucune date butoir ferme n’est fixée pour l’ensemble du territoire. Dans son rapport annuel 2025, l’ancien monopoliste confirme que l’extinction complète du réseau cuivre n’est prévue qu’après 2035. Quant aux concurrents de Swisscom, leur couverture réelle est difficile à évaluer.

Pour revenir à Swisscom, la couverture en fibre optique jusqu’au domicile (FTTH) atteignait 56% des ménages et commerces suisses à la fin de l’année 2025. L’objectif de Swisscom est de porter ce chiffre entre 75% et 80% d’ici 2030. Une progression constante, mais qui laisse encore près de la moitié du pays dépendante de technologies de transition ou du réseau mobile pour le très haut débit.

Des résultats financiers solides pour?

Pour financer ce chantier titanesque, Swisscom peut compter sur une santé financière robuste. Le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 15 milliards de francs en 2025, gonflé par l’effet de l’acquisition de Vodafone Italia. Il a investi 1,7 milliard de francs sur le sol suisse pour l’extension de son infrastructure et a aussi revu le salaire de son CEO!

Malgré ces moyens, la Suisse reste de manière incompréhensible dans le flou concernant la fin officielle du «vieux» téléphone. Alors que des pays comme la France ou la Suède ont des plans validés par leurs régulateurs respectifs, l’Helvétie se distingue par une approche qui se veut pragmatique, certes, mais qui manque cruellement de visibilité pour le consommateur final et les acteurs du marché.

Xavier Studer


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Cet article a 2 commentaires

  1. Mathieu

    Je suis surpris que les législateurs n’aient pas forcé l’ouverture du réseau. A la Vallee de Joux, par exemple, c’est le service électrique local qui a déployé la fibre en lieu et place du coaxial. La concurrence ne peut donc pas utiliser ce réseau. Est-ce que deux réseaux de fibre vont devoir exister en parallèle ? Quel gâchis !

  2. Tricoline

    @Mathieu, hélas, en effet la fibre mise en place par les SEVJ dans la Vallée de Joux ne semble être rien de plus qu’un remplacement du câble coaxial par de la fibre… sans réelle ouverture à la concurrence.
    Une modernisation technique, certes, mais pas un changement de modèle. Les SEVJ auraient sans doute pu réaliser des économies en misant sur le DOCSIS 3.1, en attendant que Swisscom fibre la région, pour ensuite exploiter l’une des quatre fibres généralement disponibles pour les opérateurs tiers.
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    Merci pour ces informations, Xavier.
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    Rien de nouveau sous le soleil helvétique : les entreprises actives dans les télécoms en Suisse brillent surtout par leur discrétion dès qu’il s’agit de leurs programmes de développement, qu’il s’agisse du réseau fixe ou du mobile. La transparence semble être une option, pas une priorité.
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    Swisscom finira tôt ou tard par se heurter à la réalité industrielle : après 2030, l’obsolescence des équipements cuivre deviendra un problème très concret. Maintenir un réseau en fin de vie coûte cher, surtout lorsque les fournisseurs réduisent la voilure.
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    De leur côté, les opérateurs câblés peuvent encore s’appuyer sur le DOCSIS 3.1 et ses évolutions, une technologie largement déployée aux États-Unis, ce qui garantit un certain horizon industriel au-delà de 2030. Un sursis technologique, au minimum, …, pour 15 ans ?
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    Mais la vraie question demeure : que fera l’opérateur historique si, passé 2030, près de 25 % des lignes cuivre n’ont toujours pas été migrées vers la fibre ? Prolonger artificiellement le cuivre ? Forcer la migration ? Ou assumer une fracture numérique de fait ?
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    Quant aux alternatives, elles restent limitées : la télévision IP de Swisscom ne peut pas reposer sur la 5G, faute de garantie stable du débit nécessaire. La promesse du “tout sans fil” trouve vite ses limites dès qu’on parle de services critiques ou massifs.
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    Au fond, la situation actuelle est aussi le produit de choix politiques. À force de privilégier un libéralisme sans garde-fous, on laisse les dynamiques de marché décider seules de l’aménagement numérique du territoire.
    Et l’histoire montre que ce laisser-faire finit rarement sans déséquilibres… voire sans dégâts collatéraux.

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