
Sunrise publie ses résultats annuels pour 2025 avec un message soigneusement calibré: les objectifs sont atteints, les actionnaires seront récompensés. Mais derrière les déclarations rassurantes du directeur général André Krause, les chiffres de la marque qui a survécu à sa digestion par UPC, racontent une histoire moins flatteuse.
Le chiffre d’affaires recule de 1,1% à 2,98 milliards de francs suisses, porté notamment par une baisse de 2,5% du segment des clients privés — et de 6% pour la partie internet, selon un communiqué. Ce décrochage s’explique en partie par la fin de la migration des anciens abonnés UPC vers Sunrise, mais aussi par un marché qui bouge moins: les gens changent moins souvent d’opérateur et gardent leurs téléphones plus longtemps.
Un dividende en hausse malgré une perte nette
La perte nette s’établit à 108,5 millions de francs suisses en 2025. C’est certes bien mieux que les 361,9 millions de l’exercice précédent, mais Sunrise reste déficitaire. Parallèlement, le conseil d’administration propose de verser environ 251 millions de francs aux actionnaires sous forme de dividende, soit 3,42 francs par action de classe A — en hausse de 2,7%. Verser plus que ce que l’on gagne en net: un choix stratégique pour séduire les marchés financiers, mais qui interroge sur la solidité du modèle.
Pour financer ce dividende sans alourdir sa dette, l’opérateur toujours sous influence américaine, s’appuie sur sa trésorerie opérationnelle disponible — le «free cash-flow ajusté», qui atteint 379,7 millions de francs — et réduit ses investissements de 6,1%. Cette logique d’austérité dans l’investissement, qui tombera sous les 15% du chiffre d’affaires en 2026, soulève une question: à force de moins investir, l’opérateur risque-t-il de décrocher technologiquement face à Swisscom? Déjà qu’il arrive souvent derrière Salt sur le mobile…
CHmobile: l’aveu que Yallo ne suffit plus
C’est dans ce contexte que Sunrise a lancé CHmobile en novembre 2025. Cette nouvelle marque — vendue exclusivement en ligne et positionnée sur les prix les plus bas — vise directement les offres promotionnelles de Salt et Wingo. Son existence même révèle une faiblesse: Yallo, censée couvrir le segment «malin», ne parvient pas à retenir les clients les plus sensibles aux prix.
Sunrise assume cette stratégie de «suiveur rapide»: CHmobile copie les prix de la concurrence sans les initier, limitant ainsi l’érosion des marges. Entre 50 et 60% des nouveaux abonnés CHmobile proviennent effectivement de concurrents, ce qui limite la cannibalisation interne. Reste que multiplier les marques à bas prix risque de brouiller le positionnement haut de gamme que Sunrise tente désespérément de cultiver avec sa marque principale et son réseau 5G, noté «Outstanding», mais se classant régulièrement derrière ses concurrents!
Quelle satisfaction client?
Sur le fond, la stratégie de Sunrise repose sur un pari audacieux: fidéliser les clients en faisant miroiter des performances qui ne sont souvent pas au rendez-vous, comme ce réseau 5G autonome décevant jusqu’ici. Par ailleurs, le service client est régulièrement décrié et l’opérateur est parfois mal classé.
Pour 2026, Sunrise promet une stabilité du chiffre d’affaires et un flux de trésorerie disponible compris entre 380 et 400 millions de francs, tout en annonçant aux investisseurs de nouvelles hausses de prix «sélectives». Encore une fois, le client va trinquer, comme chez Swisscom! La question reste entière: peut-on continuer de tondre de près les clients au profit des seuls actionnaires? La réponse viendra peut-être avec les résultats du premier trimestre 2026.
Xavier Studer
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Ils ont licenciés combien de collaborateurs réellement ? j’ai entendu dire plus de 200….