
Le récent accord conclu en Italie entre l’opérateur historique TIM et la nouvelle entité Fastweb+Vodafone, désormais propriété de Swisscom, m’a rappelé de vieilles discussions avec quelques cadors des télécoms. Idéalement, certains d’entre eux, il y a fort longtemps, imaginaient déjà une forme de réseau unique, financé par l’ensemble des acteurs, pour garantir une couverture optimale de la population.
Aujourd’hui, l’histoire semble en partie leur donner raison. La création d’une coentreprise transalpine pour gérer jusqu’à 6000 antennes et mutualiser le déploiement de la 5G dans les zones moins denses donne à réfléchir. Alors qu’à une époque, la guerre des pylônes pour revendiquer «le meilleur réseau» faisait rage, la dynamique s’est en partie inversée. Du moins pour les leaders locaux…
Le paradoxe de l’excellence
Le marché est impitoyable: il exige de tous les opérateurs une couverture irréprochable et l’intégration rapide des dernières évolutions technologiques. Cette course en avant, louable pour le consommateur, nécessite des investissements colossaux. Mais elle soulève un défi stratégique majeur: si tout le monde partage les mêmes emplacements pour abaisser les coûts, comment un opérateur peut-il encore se différencier pour gagner des parts de marché?
La variable du prix reste évidemment centrale. Or, pour être agressif sur les tarifs, il faut d’abord rentabiliser ses choix technologiques sans avoir le droit à l’erreur. Un exercice périlleux. Exemple: la volonté louable et visionnaire de Sunrise de partir le premier sur la 5G autonome (standalone) avec les limites évoquées dans cette colonne.
L’innovation comme planche de salut
Puisque les réseaux tendent à s’homogénéiser, la bataille se déplace ailleurs. Pour fidéliser ou conquérir des abonnés, les opérateurs n’ont d’autre choix que de coller au plus près des nouveaux usages. C’est sur le positionnement de marque et l’expérience client que se fait désormais la différence. Les succès de Wingo sur le mobile, ou de Salt Home sur la fibre, montrent bien que l’innovation commerciale et tarifaire paie.
Faut-il pour autant s’attendre à une fusion totale des réseaux? Probablement pas. Si mutualiser les emplacements, c’est bien, les cœurs de réseaux restent gérés séparément. C’est indispensable pour maintenir une saine émulation technologique, mais surtout pour garantir des redondances vitales en cas de panne majeure. Là aussi, sur le fixe, l’exemple de Salt Home et de sa fibre optique à 10 Gigas est édifiant.
Il sera très instructif de suivre les répercussions de l’accord italo-suisse de ce printemps. Comment Wind Tre et Iliad réagiront-ils face au rouleau compresseur de cette nouvelle alliance ? Une chose est sûre: faire cavalier seul coûte de plus en plus cher…
Xavier Studer
PS
Pour mémoire, en 2019, bien avant le rachat de Vodafone par Swisscom, Fastweb et Wind Tre ont conclu un accord stratégique pour le déploiement de la 5G. Par ailleurs, depuis 2020, TIM et Vodafone sont liés par INWIT, le plus grand gestionnaire de pylônes en Italie…. Intéressant ces manœuvres stratégiques, non?