
Les acteurs de l’industrie des télécoms multiplient les annonces sur la 6G, laissant entrevoir une révolution technologique. Pourtant, la commercialisation de cette sixième génération de réseaux mobiles n’est pas attendue avant 2030, selon Qualcomm. Les études techniques 6G ont démarré en juin 2025 au sein du consortium 3GPP. La normalisation «normative» est attendue ultérieurement, tandis que les premières spécifications techniques ne seraient finalisées qu’à la fin 2028, indique Ericsson.
L’Union internationale des télécommunications (UIT) a établi fin 2023 le cadre pour les futures normes 6G, baptisées IMT-2030 (recommandation ITU-R M.2160 approuvée en novembre 2023). Les propositions technologiques doivent être soumises au plus tard début 2029, avec une définition complète du système prévue pour mi-2030.
Des performances au sommet
La 6G vise des performances spectaculaires: le cadre IMT-2030 évoque typiquement des débits de pointe de 50 à 200 Gbit/s selon les scénarios. Certains acteurs, comme Qualcomm, évoquent aussi des objectifs de recherche encore plus élevés. La latence radio visée se situe de l’ordre de 0,1 à 1 milliseconde (contre des objectifs 5G autour de la milliseconde en conditions idéales, car on en est loin!). Ces améliorations ne se limitent pas à la vitesse brute, car la 6G intègrera l’intelligence artificielle (IA) directement dans la gestion du réseau.
Ericsson estime que la 6G offrira des performances en liaison montante dix fois supérieures à la 5G, souhaitable pour les agents d’IA et la connectivité physique des objets. La technologie permettra également d’utiliser le réseau comme capteur, transformant les stations de base en véritables radars capables de détecter la présence, la distance et la vitesse d’objets dans leur environnement.
Partenariats stratégiques
Nokia et NVIDIA ont annoncé en octobre 2025 un partenariat pour développer une plateforme informatique prête pour la 6G. T-Mobile US collaborera avec ces deux entreprises pour tester les technologies d’IA dans les réseaux radio, avec des essais prévus en 2026, précise NVIDIA. Ericsson, Nokia et le Fraunhofer travaillent ensemble sur un nouveau standard de compression vidéo optimisé pour la 6G, opérationnel vers 2029-2030, comme déjà expliqué ici.
Qualcomm développe notamment la technologie «Giga-MIMO» pour les fréquences moyennes hautes, entre 6 et 8 gigahertz, permettant de réutiliser les infrastructures existantes. Le fondeur américain a également annoncé qu’il serait prêt à intégrer la 6G dans des appareils précommerciaux dès 2028, c’est-à-dire des prototypes et plateformes de test plutôt que des produits grand public.
Huawei en tête sur les brevets
Selon certaines analyses, bien que coupé de certains marchés, Huawei figure parmi les acteurs les plus prolifiques en dépôts de brevets liés à la 6G. L’équipementier chinois décrit des concepts de cœur de réseau 6G «AI-native», où les données et l’apprentissage distribué jouent un rôle central. Huawei intègre l’IA comme élément central de l’architecture 6G, permettant une gestion avancée, une maintenance prédictive et une optimisation en temps réel.
Les réseaux 6G selon Huawei traiteront des volumes de données sans précédent, générés notamment par les capacités de détection radiofréquence qui transformeront le réseau lui-même en capteur capable de lire les données du monde physique. L’entreprise chinoise figure parmi les acteurs les plus avancés dans la recherche sur les robots assistés par l’IA et la 6G, selon ce texte.
ZTE a dévoilé en novembre 2025 sa solution Pre6G GigaMIMO, qui multiplie par dix la capacité au centre de la cellule et améliore de sept fois l’expérience utilisateur en bordure de cellule. L’équipementier chinois travaille également sur le concept de réseau sans cellule (cell-free), une architecture distribuée où de multiples points d’accès collaborent pour servir les utilisateurs sans frontières cellulaires traditionnelles. ZTE a également proposé un premier standard international pour la transmission 6G avec son réseau métropolitain de transport à 800 gigabits par seconde, selon ce texte de décembre 2025.
Nouvelles infrastructures
La transition vers la 6G posera des défis majeurs pour les opérateurs qui devront construire des réseaux largement nouveaux, souligne Ericsson. Nokia mène des essais sur les bandes de fréquences de 6 à 8 gigahertz qui confirment leur capacité à offrir une couverture robuste en réutilisant les sites cellulaires existants. L’UIT prévoit que la 6G utilisera une large gamme de bandes de fréquences, du sub-1 gigahertz jusqu’à des bandes au-delà de 100 gigahertz (sub-THz/THz), actuellement à l’étude.
L’écosystème des appareils évoluera également avec moins d’accent sur les téléphones intelligents au profit d’objets connectés, comme les drones, les véhicules autonomes, les lunettes de réalité augmentée et virtuelle qui exigeront connectivité, calcul et détection à la périphérie du réseau, explique NVIDIA. Le calendrier établi par Ericsson prévoit de premières spécifications officielles d’ici fin 2028, des pilotes commerciaux en 2028-2029 et une disponibilité généralisée vers 2030.
Xavier Studer
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Mouais… Que nos chers opérateurs mettent déjà en place de la vraie 5G, parce que là on a juste une 4,9G.
Je me pose la question de la portée des 6-8 gigahertzs « avec l’infrastructure existante » ?
Il va bientôt falloir une cellule tous les 100 mètres avec les normes Suisses 10x plus restrictives que chez nos voisins.