
Suissedigital, l’association économique qui regroupe environ 170 réseaux suisses de communication, dresse un bilan 2025 globalement positif. Pourtant, derrière les chiffres d’investissement, les signaux d’alerte sur les métiers historiques se multiplient.
La télévision reste le point noir du secteur. Les membres de Suissedigital ont perdu 73’000 abonnés TV en 2025, soit un recul de 3,8%, pour chuter à 1,94 million d’abonnements. Ce n’est pas un accident: en 2024, la perte atteignait déjà 36’000 clients. La tendance est donc non seulement confirmée, mais elle s’accélère.
Sunrise, stratégie agressive, résultats décevants
Le paradoxe est frappant. Sunrise, membre phare de Suissedigital et premier câblo-opérateur du pays, mène depuis des années une politique offensive — tarifs promotionnels, offres groupées, migration forcée de ses anciens clients UPC. Pourtant, la saignée sur la TV ne s’arrête pas. Pire, Sunrise privilégie le versement de dividendes à ses actionnaires plutôt que l’investissement dans les réseaux. Une stratégie à court terme qui fragilise l’ensemble de la branche.
Malgré tout, Suissedigital conserve une confortable position de leader sur la diffusion télévisée, avec 52% des parts de marché face à Swisscom (39%) et Salt (9%), qui ne cesse de se développer! Mais cette domination repose sur un socle qui s’érode, dans un marché total de 3,715 millions d’abonnements TV répartis entre les trois opérateurs.
Internet et mobile, pas de quoi pavoiser
L’internet haut débit, autre pilier du modèle câble, recule également avec 16’000 abonnements perdus en 2025 (-0,9%), selon ce communiqué. Si la baisse paraît modeste en valeur absolue, elle confirme une deuxième année consécutive de contraction dans un marché pourtant porté par la «transition numérique» et la demande croissante de connectivité.
La téléphonie mobile progresse de 37’760 abonnements (+1,1%). Un chiffre en apparence positif, mais qui reste bien maigre dans un marché suisse ultra-concurrentiel. À titre de comparaison, les membres de Suissedigital avaient engrangé plus de 175’000 abonnements mobiles supplémentaires un an auparavant — soit une progression cinq fois plus faible en 2025.

Un milliard investi, pour quel avenir?
Face à ces vents contraires, l’association met en avant ses investissements: environ un milliard de francs par an dans l’extension des réseaux fixes et mobiles. Elle valorise également ses initiatives en cybersécurité — avec plus de 8’000 tests réalisés en 2025 — et son portail de numérisation destiné aux petites et moyennes entreprises.
Ces efforts sont évidemment louables et bien réels, mais ils ne masquent pas une réalité structurelle: la télévision par câble et par les «opérateurs historiques» perd du terrain face au streaming et aux services à la demande. Aucune inflexion n’est en vue. Suissedigital reste dominant, mais son cœur de métier historique bat de moins en moins fort.
Xavier Studer
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Ah, quelle brillante évolution que voilà : UPC, délicatement engloutie par Sunrise, s’emploie désormais à démonter pièce par pièce son bon vieux réseau coaxial. Une sorte d’hommage posthume, en somme.
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Et pour remplacer tout cela ? Rien de moins que la fibre optique des concurrents — avec Swisscom en tête de gondole, évidemment. Pourquoi s’embarrasser d’infrastructures propres quand on peut élégamment dépendre de celles des autres ?
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D’ici une dizaine d’années, le coaxial aura probablement disparu, rangé au musée des technologies “obsolètes mais fonctionnelles”. Et nous aurons alors le plaisir subtil de redécouvrir les charmes d’un quasi-monopole de Swisscom sur le réseau fixe.
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Mais rassurons-nous : les monopoles, comme chacun sait, sont toujours synonymes de prix doux, d’innovation débordante et d’un service client irréprochable. Il n’y a donc absolument aucune raison de s’inquiéter.
Pourquoi investir dans une technologie qui est dépassée ?? L’opérateur oriente ces investissements sur le réseau mobile et fibre , plus modeste par rapport à SC pour des raisons evidentes , mais bc plus que Salt
@ Tricoline « Je ne saisis pas votre raisonnement. La Confédération construit bien des autoroutes que tout le monde peut emprunter moyennant l’achat de la vignette. À Genève, les SIG (Services Industriels de Genève) déploient la fibre optique pour ensuite la louer aux différents opérateurs. Pourquoi ne pas appliquer cette logique ici ? »
@Tex,
Swisscom n’est pas l’État.
C’est une entreprise cotée en bourse , guidée par la rentabilité et la création de valeur pour ses actionnaires.
À l’inverse, les autoroutes relèvent d’un service public : elles génèrent surtout des coûts d’entretien et d’infrastructure, rarement (voir jamais) des profits, sauf en France (ou autres) avec un coût de plus de 10 cts les km pour l’usager, en Suisse avec 40 chf par année cela reste plus que raisonnable.
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Confondre ces deux logiques mène droit à une impasse.
Et surtout, l’absence de concurrence n’a jamais été une bonne nouvelle pour le consommateur : moins de pression, c’est souvent plus de prix et moins d’innovation.
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Et surtout Swisscom peut très bien laisser sur le bord du quai des clients qu’il jugera trop compliqué à raccorder, il peut se retrancher sur le service universel.