
Depuis 2019, l’Union européenne recommande d’exclure les fournisseurs considérés à haut risque des réseaux mobiles 5G. Huawei et ZTE sont souvent cités. Cette décision politique forte vise à protéger les infrastructures télécoms du continent contre d’éventuelles menaces d’espionnage ou de sabotage. Les analyses disponibles divergent fortement.
La GSMA, l’association mondiale qui défend les intérêts des opérateurs de téléphonie mobile, a récemment publié un document sur ce sujet. Elle y affirme que le remplacement de ces équipements coûterait des dizaines de milliards, menaçant ainsi le déploiement technologique et la compétitivité en Europe.
Démontage des arguments de l’industrie
Face à ces affirmations, Strand Consult, un cabinet de recherche indépendant danois spécialisé dans les télécoms, a publié une contre-analyse de ce rapport. Ses experts estiment que le rapport de la GSMA repose sur des modèles théoriques biaisés et recycle de vieux arguments largement contestés depuis des années.
Selon ce cabinet, la majorité des réseaux européens ont déjà effectué cette transition vers des fournisseurs de confiance sans subir de choc financier. Les coûts faramineux avancés par la GSMA ne concerneraient en réalité qu’une petite minorité d’opérateurs ayant délibérément choisi de conserver ces matériels controversés malgré les avertissements, toujours selon les mêmes experts.
Des intérêts croisés
L’analyse de Strand Consult critique également le fait que le rapport de la GSMA cite une étude réalisée pour la Chambre de commerce de Chine auprès de l’Union européenne, une organisation défendant les intérêts d’entreprises chinoises. Selon le cabinet danois, cette référence soulève des questions sur l’impartialité de certaines sources utilisées.
Selon ce cabinet, ce manque d’objectivité fausse la discussion sur la sécurité de nos communications et tente de justifier des erreurs de gestion. Toujours selon les auteurs de cette contre-étude, les décideurs sont invités à regarder la réalité du terrain, où le remplacement de ces équipements s’intègre souvent dans le cycle normal de modernisation des antennes.
La sécurité numérique avant tout
Sécuriser nos réseaux de téléphonie représente un investissement stratégique unique, et non une charge d’exploitation récurrente insurmontable. A titre d’exemple, le remplacement de tous les équipements à haut risque en Allemagne coûterait environ vingt-neuf euros par citoyen, selon les estimations de ce cabinet.
Pour les défenseurs de cette vision, continuer à dépendre de fournisseurs liés à des Etats autoritaires expose l’Europe à des risques stratégiques non négligeables… Ils estiment qu’il est préférable de privilégier la souveraineté numérique à long terme plutôt que les petites économies à court terme de quelques opérateurs.
Enfin, si les estimations de la GSMA alimentent le débat, leurs auteurs soulignent eux-mêmes qu’elles doivent être interprétées avec prudence. Elles reposent sur les données de sept opérateurs européens, couvrant environ la moitié du marché, extrapolées à l’ensemble de l’Union, ainsi que sur plusieurs hypothèses de modélisation. Le rapport précise d’ailleurs qu’il s’agit d’une évaluation économique «de haut niveau» plutôt que d’un chiffrage définitif.
Xavier Studer
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Cloud et serveurs : comment les États-Unis accèdent à nos données (partout dans le monde)Saviez-vous que la justice et les services secrets américains peuvent légalement intercepter vos données professionnelles ou personnelles, même si elles sont stockées en Europe ? Pour cela, ils s’appuient sur deux lois redoutables : le CLOUD Act et la section 702 du FISA. Dès que vous utilisez un service cloud géré par une entreprise américaine (comme Microsoft, Google ou Amazon) ou que vos données transitent par du matériel informatique contenant des technologies américaines, Washington estime avoir un droit de regard. Pour faire simple, peu importe où se trouve physiquement le serveur informatique : si la technologie ou l’entreprise qui le gère est liée aux États-Unis, leurs autorités peuvent exiger l’accès à vos fichiers et à vos communications, sans que vous en soyez jamais informé.
En effet.
De plus, c’est la Commission européenne qui désigne les pays tiers à haut risque. Il n’y aura donc jamais d’impartialité sur cette question. Et rien n’indique que le deux poids deux mesures ne soit plus à l’ordre du jour.