
La fondation Risiko-Dialog, en partenariat avec la Mobilière et Digitalswitzerland, vient de publier son ambitieux Baromètre numérique 2026 (www.digitalbarometer.ch). Cette nouvelle édition dresse le portrait d’une population helvétique partagée entre l’adoption rapide des nouvelles technologies et une inquiétude croissante face à leurs impacts sociaux.
Fait marquant de cette vaste étude, près de 38% des citoyens manquent de compétences numériques de base, un chiffre en hausse qui s’explique paradoxalement par l’évolution fulgurante de nos pratiques quotidiennes. Parallèlement, l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) générative a explosé.
Une souveraineté numérique qui inquiète
Si l’excellence de nos réseaux télécoms reste une force incontestée, la dépendance technologique de la Suisse est perçue comme la principale faiblesse par 46% des sondés. Face à ce constat, les citoyens accordent une confiance massive à l’État pour le développement de services sensibles comme l’identité électronique, boudant largement les acteurs privés.
L’attrait pour les solutions purement locales se confirme, avec 83% des personnes interrogées qui estiment qu’un label garanti d’origine suisse renforcerait leur confiance. Les fournisseurs de services informatiques ont évidemment tout intérêt à concevoir des offres pour les entreprises hébergées sur des serveurs nationaux plutôt que dans un lointain nuage pour rassurer une clientèle toujours plus exigeante.
Le grand paradoxe de la protection des données
L’étude met également en lumière un décalage saisissant entre les intentions et les actions concrètes des internautes sous nos latitudes. Bien que 76% des utilisateurs affirment privilégier la protection de leurs données personnelles au simple confort d’utilisation, la réalité de leurs comportements en ligne montre trop souvent exactement l’inverse.
Enfin, une claire majorité réclame des règles beaucoup plus strictes contre la désinformation, quitte à limiter certaines libertés d’expression sur les plateformes d’échange. Ce baromètre semble indiquer qu’il est grand temps de bâtir un véritable écosystème numérique national (ou européen) digne de confiance, loin de l’emprise des géants technologiques étrangers.
Xavier Studer
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Sympa ces idées de souveraineté, mais bon je ne vois aucune solution informatique capable de remplacer de manière sérieuse et professionnelle les produits d’Adobe, Microsoft et Apple. Linux, Gimp et autres machins brouillons, c’est pour les bricoleurs!
@ Cricri
alors, tu risques d’avoir un problème, car, par exemple, la base du système d’exploitation Android est… le noyau Linux.
sans parler des caisses automatiques de la Coop carburant à la SUSE ou le LHC du CERN se couvrant d’un chapeau rouge (Red Hat).
ou encore, en matière d’interface utilisateur de bureau: https://kde.org/fr/plasma-desktop/
enfin, une dernière pour la route… Darwin, le noyau de macOS, est (en gros, pour faire simple) un dérivé de FreeBSD (un UNIX libre) et XNU… et cela donne une chose amusante: https://opensource.apple.com/releases/
@Cricri
Linux n’est pas pour les bricoleurs. Apple (macOS/iOS) et Android tournent sur un noyau Linux (ou dérivé pour Apple). Par contre, l’immense majorité des distributions Linux en entreprise tournent sur Red Hat, qui appartient à IBM. Donc, on revient à notre dépendance aux USA…
L’autre problème, c’est que les PC et laptops sont vendus d’origine avec Windows préinstallé, sans alternative par défaut. C’est d’ailleurs ironique : la Commission européenne a sanctionné Google de 4,3 milliards d’euros pour avoir imposé Chrome par défaut sur Android, et impose des écrans de choix pour le navigateur. Mais côté PC, Windows reste toujours préinstallé sans donner le choix au client.
En entreprise, c’est aussi difficile de passer sur Linux. Beaucoup de logiciels métiers restent développés uniquement pour Windows, même si le cloud réduit progressivement cette contrainte.
Le gros problème, c’est qu’en Suisse et en Europe, on a un retard technologique monstrueux côté hardware : pas de fabrication de puces, de RAM, de disques durs, etc. On dépend de Taïwan, Corée du Sud et Chine. On a quand même ASML (machines de lithographie) et Ericsson/Nokia dans les télécoms, mais ça reste marginal face aux USA et à l’Asie.
Côté cloud, personne ne concurrence AWS, Azure ou GCP. OVHcloud et Scaleway sont les acteurs européens les plus proches en catalogue, suivis de STACKIT, Outscale, Hetzner ou Infomaniak pour de l’hébergement plus simple. Mais tous dépendent du hardware américain et asiatique : la souveraineté reste donc partielle.
Au niveau logiciel, seul l’allemand SAP fait partie des leaders mondiaux. Et côté IA, on a raté le train : OpenAI, Anthropic, Meta, Google, xAI (Grok, Elon Musk) et Microsoft sont américains, DeepSeek, Alibaba (Qwen) et Moonshot AI (Kimi) sont chinois. Le français Mistral fait figure d’exception européenne, mais accuse plusieurs trains de retard face à ces géants, tant en moyens financiers qu’en puissance de calcul. Installer un LLM sur son serveur ne fait pas de toi une IA locale, tant que l’entraînement et les données restent extérieurs.