
La fibre optique continue de progresser en Suisse, mais son développement révèle aussi de profondes incohérences. Entre consolidation des réseaux locaux, conflits autour de l’accès aux infrastructures et multiplication des raccordements, le marché reste loin d’être aussi dynamique qu’il devrait l’être.
La commune zurichoise d’Uitikon vient ainsi de vendre son réseau de fibre optique à Swiss FibreCo, une filiale de Swiss Fibre Net. Selon un communiqué, cette reprise doit assurer la pérennité de l’infrastructure et conduire progressivement à un réseau moderne, ouvert à différents fournisseurs d’accès.
Les petites collectivités n’ont souvent pas les moyens, les compétences, ni la masse critique nécessaires pour entretenir et moderniser durablement leurs infrastructures numériques. Le passage à un modèle d’accès ouvert devrait permettre à plusieurs prestataires de commercialiser leurs offres sur le même réseau, avec à la clé davantage de concurrence pour les habitants.
Le vrai enjeu: l’accès
Le problème suisse ne se résume toutefois pas au nombre de kilomètres de fibre posés. Il concerne de plus en plus l’accès réel aux réseaux, autrement dit la capacité des opérateurs à proposer leurs services là où la fibre est physiquement disponible.
Selon le quotidien Blick Swisscom cherche à obtenir, par voie judiciaire, un accès aux fibres de Swiss4net, ce qui pourrait profondément remettre en cause le modèle économique de cet opérateur. Et en menaçant son modèle économique. La question est hautement stratégique: lorsqu’un réseau est construit, qui peut effectivement l’utiliser, à quelles conditions et pour quelle rentabilité pour le constructeur?
Pour les clients, cette bataille paraît technique, mais ses conséquences sont très concrètes. Un réseau non ouvert, ou accessible dans des conditions défavorables, limite la possibilité de choisir son fournisseur et réduit la pression sur les prix, les débits, le matériel fourni et le service à la clientèle.
Des prises en trop?
L’opérateur Init7 met pour sa part en lumière, depuis le point de vue des propriétaires immobiliers, un autre aspect: la multiplication de prises optiques OTO à quatre fibres dans certains logements. Cette situation peut sembler paradoxale alors que de nombreux ménages suisses ne disposent toujours d’aucun raccordement en fibre optique.
Mais c’est là aller peut-être un peu vite, de mon point de vue. Le surcoût d’un tel déploiement reste limité et devrait, théoriquement, permettre une réelle concurrence sur les infrastructures sur le long terme. Cela dit, encore faudrait-il que les groupes les plus puissants du marché exploitent pleinement cette possibilité…
La Suisse ne manque ni de savoir-faire ni de moyens financiers dans les télécoms. Elle semble en revanche encore souffrir d’une vision fragmentée, où les intérêts des opérateurs, des propriétaires, des réseaux locaux et des collectivités ne convergent pas toujours vers le même objectif: raccorder efficacement le plus grand nombre, puis assurer une concurrence réelle sur ces infrastructures. Le politique en porte une lourde responsabilité.
La fibre devient locale
Dans ce contexte, la reprise du réseau d’Uitikon par Swiss FibreCo illustre aussi une tendance de fond: la consolidation progressive de réseaux régionaux au sein d’entités capables d’en assurer l’exploitation à long terme. L’enjeu sera de vérifier si la promesse d’ouverture du réseau se traduit réellement par des offres concurrentes visibles et simples à comparer.
Car l’«open access» ne doit pas devenir un simple argument de communication. Pour être utile, il doit déboucher sur plusieurs fournisseurs disponibles, des procédures d’accès transparentes et des offres qui ne sont pas artificiellement alignées sur celles de l’opérateur dominant.
Quickline renforce son réseau
Sans concerner directement la fibre, le paysage des télécoms régional continue lui aussi de se recomposer. Quickline a annoncé l’arrivée d’EBS TeleNet AG dans son groupement national de réseaux régionaux et de fournisseurs d’énergie, selon ce texte.
Dès la fin août 2026, EBS doit proposer aux clients de la région de Schwyz des offres Quickline pour l’internet, la télévision, la téléphonie mobile et la téléphonie fixe, après le retrait du fournisseur actuel. EBS avait déjà rejoint le groupement en mars et conserve le service de proximité dans la région.
Cette évolution rappelle que le marché suisse ne se limite pas au trio Swisscom, Sunrise et Salt. Les acteurs régionaux, souvent adossés à des infrastructures locales, peuvent offrir une alternative crédible à condition de conserver une vraie marge de manœuvre commerciale et une qualité de service différenciante. Pensez aussi à Net+!
Xavier Studer

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Merci bien pour cet interessant article Xavier.
A suivre d’ici 2035 (la « mort « du cuivre selon Swisscom) à quelle sauce seront servi derniers % des raccordements laissés pour compte…
Excellente question!
47.2 % de prisonniers ou de clients satisfaits de payer plus ?
Fait réel:
Le raccordement des 4 fibres vers OTO-ID est un pure mensonge, seul 2 sont raccordés et non 4 comme convenu. (aon cable simplex mono mode) ou GPON
port1 fibre pour opérateur hôte1 (et ces partenaires) concurrent local Swiss fibre net réseau du consortium des Service industriels (partenaires Sunrise, Salt, init7,etc (https://www.swissfibrenet.ch/fr/offre/partenaires-de-reseau/)
port2 fibre pour opérateur hôte2 (et ces partenaires) Swisscom Cablex
Opinion personnelle:
Vu tous les opérateurs déjà présent sur leur réseau swiss4net, en gros, c’est juste une histoire de fric, tout leur histoire n’est que du chantage commercial entre concurrents somme logique, rien d’autre. Ce n’est pas un problème physique.
C’est juste un dillemme de choix pour swiss4net entre Swisscom cablex ou Swiss FibreNet qui va manger qui, la concurrence commerciale, le plus fort mange le plus faible.
Tous autres opérateurs alternatifs cable1 (Sunrise, Salt, init7, net, etc…) c’est SwissFibreNet contre Swisscom Cablex cable2.
Je suis 100% côté Swisscom, dent pour dent, oeil pour oeil sur les fournisseurs alternatifs de réseau physique qui ne partage pas leur cables comme swiss fibre net connectant les services industriels de chaque canton (init7, sunrise, salt, net+, etc) dont swisscom cablex est concurrent.
C’est que le patron va partir à la retraite et se fait de la publicité gratuite pour vendre et monter les enchères de son réseau au fournisseurs de cables le plus offrant via les journaux sans passer par la case publicité directe.
conclusion:
Il n’y aucune raison valable qu’un client d’un réseau tier soit limité aux choix de fournisseurs alternatifs à l’opérateur national et vice versa.
Car la clientèle ne choisisse pas son lieu de résidence en fonction du fournisseur de raccordement réseau télécom (Internet) pas plus que l’eau et l’électricité.
Swisscom, alors condamné par le TF, continue, illégalement à installer de la fibre en P2MP et refuse de connecter d’autres fibres. »C’est aux autres de construire leur ligne » dixit Cablex (fillière se Swisscom).
A quand le démentelement de Swisscom? Il serait temps que les suisses redeviennent propriétaires des infrastructures et que l’on puisse réinvestir là où c’est nécessaire et non pas là où c’est le plus profitable…
Je devrais être raccordé à la fibre optique entre mars et avril 2027. Le contrat de raccordement est signé et la visite pré-chantier/dossier technique ont été établis.
La seule question à laquelle personne ne m’a vraiment répondu : est-ce vrai que Swisscom « bloque » l’accès aux autres prestataires pendant 1 année après l’installation ? Parce qu’actuellement, j’ai un abo Sunrise pris avec l’offre Qoqa, soit 42.90.-/mois (selon CGV, utilise le meilleur réseau dispo au domicile). Donc je voudrais demander la migration HFC > Fibre dès que possible. Est-ce que ça va poser problème ou Sunrise pourra directement exploiter la fibre « Day 1 » ?
@Tzeh
Il faudrait vérifier ce point directement auprès de Sunrise.
À la lecture de votre message, j’en déduis que votre raccordement Internet est actuellement basé sur le réseau coaxial HFC (Hybrid Fiber Coaxial), ce qui correspond vraisemblablement à un ancien abonnement UPC, désormais intégré à Sunrise.
Dans cette configuration, une question intéressante se pose : si Swisscom procède au démantèlement de la paire de cuivre, cela ne devrait en principe avoir aucun impact sur votre connexion Sunrise, puisque celle-ci repose sur l’infrastructure HFC de Sunrise et non sur le réseau cuivre de Swisscom.
La situation serait en revanche différente si votre abonnement Sunrise utilisait le « dernier kilomètre » (last mile) du réseau cuivre de Swisscom, auquel cas la suppression de cette infrastructure pourrait nécessiter une migration vers une autre technologie, soit la fibre posée pas Swisscom.
.
C’est effectivement un cas de figure intéressant qui mérite d’être clarifié directement avec Sunrise.