
Un grand modèle de langage (LLM) est le moteur qui fait fonctionner les assistants capables d’écrire, de résumer ou d’analyser un document. Face aux modèles commerciaux américains et à des offres chinoises qui séduisent de plus en plus, l’Europe ne peut plus rester simple cliente d’une technologie aussi stratégique que l’intelligence artificielle (IA) générative.
Des modèles pleinement ouverts restent indispensables, car ils peuvent donner accès non seulement au code, mais aussi aux données et aux méthodes d’entraînement, permettant aux chercheurs, aux administrations et aux entreprises d’auditer et d’adapter ces outils. C’est précisément la logique poussée par Apertus.
L’exemple suisse
Avec Apertus 1.5, l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), l’ETH Zurich et le Centre suisse de calcul scientifique fournissent un exemple très concret, entraîné sur le supercalculateur Alps à Lugano. Cette nouvelle version peut désormais aussi traiter les images et certains contenus audio, tout en améliorant le raisonnement, mais nous en avons tout de même constaté les limites.
L’ouverture ne suffit pas à fabriquer du jour au lendemain un champion mondial. Dans un retour d’expérience sur le modèle précédent publié par le développeur Liip, Apertus donne souvent des réponses acceptables, mais demeure en retrait face à GPT-4o-mini sur la qualité globale et sur le suivi fin des instructions, ce qui rappelle les limites d’une approche de type académique.
Alliance européenne
La réponse européenne ne passera donc sans doute pas par un seul acteur, mais par une alliance entre laboratoires, centres de calcul, hébergeurs et industriels du logiciel. Dans son manifeste européen, Mistral AI réclame justement une politique commune du calcul, des talents et de l’accueil des chercheurs, soit les briques qui manquent encore pour changer vraiment d’échelle.
En effet, Infomaniak, Proton et Swisscom montrent qu’une IA dite souveraine ne signifie pas forcément qu’elle repose sur un modèle conçu en Suisse. Euria, l’assistant d’Infomaniak, est hébergé en Suisse et intégré à kSuite, mais s’appuie notamment sur Qwen3 du chinois Alibaba, Mistral et Whisper d’OpenAI; Apertus était en phase d’essai fin 2025, selon cette page.
Proton adopte une approche différente avec Lumo 2.0: il s’appuie sur plusieurs modèles ouverts, optimisés par Proton et exécutés sur des serveurs qu’il contrôle. Selon sa documentation actuelle, il utilise notamment Qwen 3.5, GLM 5.2, Image-Turbo et FireRed-Image-Edit-1.1.
Une opportunité pour la Suisse
Swisscom cible surtout les organisations avec son Swiss AI Assistant et sa Swiss AI Platform. L’opérateur utilise lui aussi plusieurs modèles ouverts sans exploiter les données de ses clients pour les améliorer, tout en annonçant sur internet l’arrivée d’Apertus parmi les choix proposés; une manière plus réaliste de construire une offre suisse.
Globalement, la Suisse dispose d’une réelle opportunité, compte tenu de la qualité de sa recherche. La Swiss AI Initiative réunit déjà l’EPFL, l’ETH Zurich et le CSCS autour d’une base ouverte prometteuse… Mistral pourrait par ailleurs constituer la pièce industrielle d’un ensemble plus large, où la Suisse peut jouer la carte de la confiance, du multilinguisme et de l’ouverture… A quand une plus grande alliance continentale?
Xavier Studer
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Sans évoquer la puissance de calcul nécessaire, disposons-nous des données suffisantes pour entraîner nos propres modèles en Europe ? Nous n’avons ni notre Google, ni notre Meta, ni même un équivalent d’Alibaba.
Pour tester régulièrement différents modèles, Euria prend clairement du retard. À ma connaissance, ils sont encore sur Qwen 3.0 tandis que d’autres comme Proton intègrent des versions plus récentes. Les modèles proposés sont fonctionnels pour un usage quotidien, mais dès qu’il s’agit de tâches exigeant un raisonnement complexe, ils pâlissent face à Claude – c’est franchement le jour et la nuit dans mon expérience. Mistral, lui aussi, accuse un retard notable selon plusieurs benchmarks publics.
Il est également frustrant de ne pas connaître aisément les versions exactes des modèles utilisés par Proton, Infomaniak ou Swisscom. On ne sait jamais vraiment ce pour quoi on paie, et ces détails font toute la différence. Euria propose par exemple des tarifs bien en deçà de la concurrence, mais combien de paramètres ? Quelle version des modèles ? Quelle fréquence de mise à jour ? La limitation à 100 messages par jour en dit long sur les contraintes sous-jacentes… Le manque de transparence est criant.
Conclusion : L’opacité de ces intermédiaires revendeurs crée une illusion de souveraineté. Lorsqu’un hébergeur suisse repackege simplement des modèles chinois ou américains sans en divulger les spécifications précises, on reste tributaire de chaînes d’approvisionnement opaques.
Commentaire reformulé par Lumo 2.0 en mode Lite 😉