
L’intelligence artificielle (IA) a débarqué dans les rédactions, provoquant une véritable fracture idéologique. Alors que certains médias y voient une opportunité pour optimiser leur travail (rapidité, recherche, analyse) d’autres rejettent catégoriquement cette technologie et déplorent déjà une course effrénée à la productivité.
Les approches divergent radicalement face à ces algorithmes capables de produire en quelques secondes des textes parfois très bien rédigés ou des images trompeuses sur simple requête. Le quotidien français Le Monde, par exemple, a adopté une charte et noué un partenariat pour exploiter ces nouveaux outils comme assistance éditoriale.
Résistance éthique et environnementale
Beaucoup plus catégorique, un média indépendant comme Reporterre vient de publier un manifeste pour interdire totalement l’usage de cette technologie. Ce site refuse de confier la rédaction à des machines, dénonçant le coût environnemental exorbitant des gigantesques centres de données nécessaires à leur fonctionnement.
Cette divergence de vues met en lumière les limites actuelles de la production de contenus avec l’aide de l’IA. Dans tous les cas, une validation humaine reste essentielle pour éviter les fausses informations (parfois des «hallucinations»), que ces systèmes produisent encore trop régulièrement, comme l’a souligné récemment l’Union européenne de radiotélévision (UER).
Règles pour protéger l’information
Pour encadrer ces pratiques, Reporters sans frontières a lancé à fin 2023 la Charte de Paris sur l’IA et le journalisme. Ce texte éthique de référence rappelle que le jugement humain doit rester central dans toute décision, afin de garantir la véracité des faits. Les rédactions doivent assumer entièrement la responsabilité des textes publiés.
L’intégration de ces nouveaux outils numériques nécessite une transparence absolue envers les lecteurs lorsqu’il existe un risque de manipulation, particulièrement lors d’utilisation d’images photoréalistes. Sans un cadre strict et une approche éthique, la confiance du public risque de s’effondrer face à ce déferlement de contenus automatisés.
Et ce risque de perte de confiance est bien réel, puisque certaines pratiques démoralisent déjà parfois certains journalistes mis sous pression pour produire le plus d’informations possible, le plus vite possible… Le quotidien s’annonce complexe. En effet, il ne faut pas oublier qu’aucune nouvelle technologie n’a été stoppée jusqu’ici pour quelque raison que ce soit…
Xavier Studer
En savoir plus sur Le blog high-tech & telecom de Xavier Studer
Subscribe to get the latest posts sent to your email.