Le blog high-tech & telecom de Xavier Studer

Rencontre de Xavier Niel chez Free à Paris

Xavier Niel au siège de Free, Paris. 13.01.2016.

Xavier Niel au siège de Free, Paris. 13.01.2016.

A fin décembre, j’ai été convié à Paris par l’équipe de Xavier Niel en vue de rencontrer le trublion français des télécoms. L’occasion de visiter mercredi les locaux du siège de Free et de s’entretenir avec l’entrepreneur sur l’avenir du troisième opérateur mobile de Suisse.

C’est un Xavier Niel simple, chaleureux, informel et décontracté que j’ai rencontré mercredi en présence d’Olivier Rosenfeld, membre du Conseil d’administration de Salt et de Pierre-Alain Allemand CEO ad interim de l’opérateur. Les trois hommes, qui travaillent souvent en équipe, ont une vision très claire du positionnement de Salt.

Société suisse dirigée par des Suisses

Pour commencer, Xavier Niel indique que le Président du Conseil d’administration et le CEO qui prendront les rênes de l’entreprise seront suisses. Salt communiquera prochainement le nom du CEO, qui est suisse-allemand..*

Et Xavier Niel sait ce qu’il veut. Pour lui, chacun de ses opérateurs peut avoir un positionnement différent adapté au pays où il exerce son activité. Il ne cherche donc pas forcément à faire de Salt, un Free Suisse. L’entrepreneur souhaite comprendre les demandes des Helvètes et notamment les attentes en Suisse alémanique, où sa base de clientèle est moins développée.

Stratégie d’internalisation

Ne cherchant pas un retour sur investissement sur trois ou cinq ans, l’opérateur peut se permettre de développer une vraie stratégie télécoms, où l’internalisation des compétences métier joue un rôle central. Les techniciens de Salt reprendront donc la gestion du réseau sous-traitée jusqu’ici. «On a toujours fait comme ça, c’est notre métier», insiste-t-il.

Pour le propriétaire de Salt, il est essentiel qu’il puisse faire son métier d’opérateur pour proposer le meilleur rapport qualité/prix. Il ambitionne ainsi de renforcer son réseau pour qu’il soit plus fort à l’intérieur des maisons et plus fort dans des zones reculées. Dans ce contexte, Pierre-Alain Allemand précise que les essais d’un réseau partagés avec Sunrise se poursuivent, mais uniquement en tant que projet pilote.

Développements internes

Et son discours, ce n’est pas du marketing. Pour s’en convaincre, il suffit de se promener dans les couloirs de Free. On découvre des dizaines d’ingénieurs et de techniciens qui dessinent des équipements réseau. Et donc pas que des boîtiers pour les particuliers…

L’entrepreneur se fait un point d’honneur de gérer lui-même tous les paramètres essentiels de ses entreprises. Les dizaines de logiciels utilisés par ses opérateurs sont programmés par ses équipes et fonctionnent sur des ordinateurs animés par des versions de Linux!

Xavier Niel recherche en permanence la meilleure solution technique au meilleur prix. Et lorsque le marché n’est pas capable de fournir le produit adéquat, ses équipes le dessinent. C’est ainsi qu’est née la première Free Box intégrant internet, téléphonie et TV. Plus récemment, Free a par ailleurs introduit 800 bornes interactives en France pour acheter des SIM dans la rue (illustration ci-dessous). Un canal de vente original de plus!

Le fixe avec un produit novateur?

Interrogé sur le développement d’une offre sur le fixe en Suisse, Xavier Niel se dit intéressé. Il s’agit toutefois de se positionner avec le bon produit. Et de rajouter «Quant on l’a fait en France, Orange était encore plus étatique qu’aujourd’hui», glisse-t-il malicieusement. Le «duopole» Swisscom-UPC Cablecom ne lui fait donc visiblement pas peur.

«Au fond, le marché suisse n’est pas très différent des autres. En fin de compte, ce qui compte est d’avoir un bon rapport qualité/prix», explique-t-il. Toutefois, après les problèmes de facturation qui ont secoué Salt, Xavier Niel estime qu’il faudra reconquérir la confiance des clients.

Un problème d’image

L’entrepreneur ne mènera probablement pas de grande campagne d’image, mais saura faire mal avec des moyens limités. L’équipe marketing de Free se compose par exemple de quatre personnes alors que celle de Salt constituait un grand département. Il faut dire que le patron évite systématiquement la hiérarchie galopante pour s’appuyer sur des collaborateurs responsables.

Une des clefs du succès de Free réside dans des offres limitées et faciles à gérer. Dans cette optique, Xavier Niel a renforcé ses efforts pour simplifier le nombre de combinaisons tarifaires de Salt pour les faire descendre de plusieurs milliers à quelques dizaines. Et le processus devrait se poursuivre.

Long processus

Evidemment, ce changement de stratégie de Salt qui passe par l’internalisation de dizaines de postes techniques prendra du temps. Visiblement, Xavier Niel veut construire un nouveau Salt, en s’accommodant de cette marque, sur le long terme. Et il insiste lourdement sur ce point.

Simplification des processus ou optimisation des workflows: Xavier Niel sait de quoi il parle. Pour comparaison, Free réalise un chiffre d’affaires de 4,2 milliards d’Euros pour plus de 17 millions d’abonnés (fixe + mobile) avec 8000 employés environ. De son côté, Swisscom, notamment actif dans l’informatique moins profitable, fait quelque 11,5 milliards de chiffre d’affaires pour environ 12 millions d’«unités génératrices de chiffres d’affaires» et 21’000 employés. «On est capable d’être moins cher et de faire de la marge», souligne-t-il.

Xavier Studer, de retour de Paris

Xavier Niel présente son automate à distribuer des SIM. La vérification de l'identité de l’abonné se faite par la carte de crédit. Free, Paris. 13.01.2016.

Xavier Niel présente son automate à distribuer des SIM. La vérification de l’identité de l’abonné se faite par la carte de crédit. Free, Paris. 13.01.2016.

*PS. Paragraphe précisé: le CEO sera Alémanique..

10 commentaires pour “Rencontre de Xavier Niel chez Free à Paris

  1. Olivier
    15/01/2016 à 7:26

    Espérons qu’ils vont tenir leur parole pour booster leur réseau … Car ces temps il ne déploient plus beaucoup de nouvelles antennes ….

    • Yannick
      15/01/2016 à 8:52

      mouais la loi suisse est différente, je pense que c’est beaucoup plus compliqué d’avoir les autorisations en Suisse qu’en France. Ensuite les puissances des antennes sont 10 fois moindre qu’en France… Pour ça qu’à Lausanne on capte ou free 😉

      Donc mon avis la solution en Suisse serait des partenariats mais la comco fait chier…

      Bref à voir la suite mais je doute que 15000 antennes en 6 mois 🙁

  2. Bruno B.
    15/01/2016 à 10:05

    Xavier est u homme au grand coeur, et ça m’attriste de voir tout ce que j’ai pu lire sur les différents réseaux ou encore ici même, dans les articles et commentaires.

  3. Philippe
    12/02/2016 à 8:57

    On s’attendait des prix similaires à Free, à leurs début en suisse ils ont essayés de nous refourguer des abonnements annuels super chers et payables en une seule fois.

    Ça a un peu changé depuis mais ça reste trop cher autant prendre un abonnement M-Budget pour 29.- frs par mois qui utilise les installations de Swisscom et dont la qualité et la couverture est très nettement supérieure.

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